Leçons de vie d’une séance : quand la peur tient lieu de boussole

Chaque séance est l’occasion d’observer comment on fonctionne, et ce que certaines croyances nous empêchent de vivre. Ce que la personne découvre en séance lui appartient : ce sont ses propres leçons de vie. Voici celles de K.

Là où nous en étions

Lors de la séance précédente, K. avait parlé de son anxiété. Elle avait aussi dit ce qu’elle aimerait ressentir à la place : « Me sentir sereine dans l’instant présent, en phase entre ma tête et mon corps, retrouver la légèreté, me sentir en bonne santé. »

Aujourd’hui, nous cherchons ensemble ce qui l’empêche de vivre cela. La question du jour : « En quoi est-ce un problème pour toi, dans ton corps, de te sentir sereine, légère, en phase tête et corps ? »

La peur qui sert de régulateur

K. le dit elle-même : « Je pense que le fait d’avoir peur permet de prendre les choses d’une certaine manière, ça me permet de me réguler. »

La peur lui a longtemps servi de repère. Tant qu’elle a peur de rater, elle reste vigilante. Mais pendant ce temps, elle n’entend plus ce dont elle a besoin, ni ce que son corps lui dit.

La thérapeute lui pose alors la question : « En quoi c’est un problème dans ton corps, au lieu de vivre le désir de réussir, d’avoir peur de rater ? »

Désirer réussir et avoir peur de rater visent le même but. Seul le premier laisse de la place à ce qu’elle ressent.

« Si tu le veux, je le veux »

K. décrit sa relation avec son ancien compagnon : « On est dans le conflit tout le temps. »

La thérapeute lui propose un essai : « Essaye de répondre avec "si tu le veux, je le veux" et on observe. C’est une expérience de bienveillance, ça ne peut pas faire de mal. »

L’idée est simple : quand l’autre attend une défense, lui offrir une coopération change le cours de l’échange. K. repart avec cette phrase à tester dans la semaine.

Entendre le besoin derrière le reproche

Son ancien compagnon lui a dit : « Tu me voles du temps avec mon fils ! »

En séance, nous avons cherché ensemble comment lui répondre : « Tu me dis que tu es déçu que notre fils n’ait pas été avec toi, et que tu penses que j’aurais dû te demander. Tu te sens déçu, et tu as besoin qu’on communique mieux. »

Un reproche porte souvent un besoin qui n’a pas trouvé d’autre chemin. Pour l’entendre, K. peut suivre quatre étapes :

  • redire les faits, sans les juger ;
  • nommer ce que l’autre ressent : déception, contrariété ;
  • nommer ce dont il a besoin : être consulté, être reconnu ;
  • répondre à ce besoin plutôt qu’au reproche.

Rester calme quand tout s’agite

La séance évoque un moment précis : un bébé secoué de sanglots. « En quoi c’est un problème de se sentir calme et sereine pour aller prendre son petit bébé et chercher les informations ? En restant calme, je peux prendre toutes les informations et réagir avec justesse. »

Plus la situation est agitée, plus le calme devient utile : il permet de comprendre ce qui se passe et de répondre à ce dont l’autre a besoin.

Quand le passé parle du futur

K. confie : « J’ai toujours une vigilance dans ma tête, plusieurs fois je me dis ça n’arrive pas et ça arrivait encore. »

La thérapeute lui demande : « C’est ton passé qui te parle de ton futur ? »

Cette vigilance est née d’expériences réelles. Elle l’a protégée. Aujourd’hui, elle l’empêche parfois de goûter le présent. K. peut commencer à distinguer la prudence qui l’aide de l’alerte qui l’épuise.

À qui prête-t-elle l’oreille ?

La thérapeute : « Tu écoutes mieux ton fils que ton mari ou toi ? »

K. : « Je me focalise sur le fait d’être à l’écoute de mon enfant. »

K. sait écouter, et son fils en bénéficie pleinement. Avec son ancien compagnon, la peur la met sur la défensive. Et elle-même passe souvent après. La thérapeute le formule ainsi : « Quand tu as peur, tu es sur la défensive, tu n’écoutes pas non plus. »

« Tu as mal mais tu n’as pas mal »

K. raconte : « J’ai fait du sport jusqu’à me faire très mal en n’écoutant pas mon corps. J’ai été formatée comme ça : tu as mal mais tu n’as pas mal, avoir mal c’est rien. »

Apprendre à ne pas écouter la douleur de son corps, c’est aussi apprendre à mettre de côté ses émotions et ses besoins. La thérapeute fait le lien : « On n’écoute pas ses besoins et on n’écoute pas les besoins de l’autre non plus. Tu imagines dans le couple ? »

Communiquer après la séparation

K. dit son incompréhension : « Il est en colère depuis qu’il a quitté la maison et maintenant il arrive et dit "il faut qu’on communique". Mon cœur ne comprend pas : tu me fuis parce que c’était horrible et maintenant tu veux communiquer ? »

Elle pose aussi sa limite : « Je peux donner un peu mais pas beaucoup. Je ne peux pas donner beaucoup d’attention à son besoin de communiquer avec moi. »

Demander de la distance et du lien en même temps met chacun dans une position difficile. Savoir ce qu’elle peut donner, et le dire, est déjà une façon de prendre soin d’elle.

Ce que K. emporte

Trois écoutes à cultiver :

  • s’écouter soi : distinguer ses besoins de ses peurs ;
  • écouter l’autre : entendre le besoin derrière le reproche ;
  • écouter la relation : chercher ce qui apaise, pour elle, pour son fils, pour leur famille.

K. possède déjà ces ressources. Elle sait écouter : son fils le vit chaque jour. Elle sait être attentive et se réguler. Il lui reste à les mettre au service de ce qu’elle désire vivre, plutôt que de ce qu’elle craint. Elle l’a montré aujourd’hui : elle a su nommer sa peur, regarder d’où elle venait, et dire jusqu’où elle peut aller. C’est exactement ce dont elle aura besoin pour la suite.

angoisse et espérance

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